Mon adolescence a été faite essentiellement de flânage. Flâner dans la ville. Errer sur ses boulevards avec mes amies, voir et regarder passer les gens, être vus en retour. Et cela suffisait à former notre sens social, à forger nos analyses maladroites sur l’existence de nos concitoyens, et à affûter nos aptitudes de survie urbaine.
La ville, avec tous ses défauts, est au cœur de mon expérience culturelle, elle est la mégapole natale de mon père, Mexico, elle est mon horizon d’existence, Montréal, elle est ma découverte du monde, pour le meilleur et pour le pire.
Ce n’est donc pas anodin qu’elle soit devenue mon moteur créatif et de réflexion.
Avec mes films réalisés où j’ai exploré le thème urbain sous différentes formes, j’en suis venue à vouloir la voir par-delà le visible.

Après avoir réfléchi à la ville mémoire, à la ville architecture, à la ville politique, j’ai voulu explorer, avec Chronique d’une ville, l’idée qu’une ville est aussi faite de mystère, de subjectivité, de récits, et d’imaginaire. Elles sont donc le reflet intime de nos désirs et de nos peurs, comme le disait Italo Calvino.
Les villes sont vivantes, mouvantes et complexes. Ce sont des entités indomptables et fougueuses qui ne peuvent être entièrement captées, et c’est cela qui rend une ville unique, envoûtante, ce genre de ville qui nous habite et s’immisce jusque dans nos rêves.
Chronique d’une ville est donc une sorte de méditation sous la forme d’un essai documentaire, un jalon de plus dans mon exploration cinématographique de l’urbanité.
Sans vouloir énoncer de thèse ou tenter de l’appréhender tout entière, c’est un film qui observe l’effet de l’homogénéisation croissante des villes et son impact indéniable sur l’environnement, mais dans une sorte de flottement, un glissement qui se déplie et se déploie, comme une trame musicale, liant une ville à l’autre sans égard pour ses spécificités, comme si nous traversions le temps, et l’espace.
Une véritable errance au gré de rencontres riches et précieuses que la ville nous permet de découvrir chaque jour.
Nadine Gomez.
