J’étais adolescente quand je suis tombée sur cette anecdote. En Norvège, un jeune garçon avait interpellé ainsi la Première ministre : « Est-ce que je pourrais faire de la politique même si je suis un garçon ? » Qu’on puisse imaginer que la politique soit réservée aux femmes m’avait sidérée. Je découvrais alors la Scandinavie, où femmes et hommes semblaient déterminés non seulement à vivre égaux, mais surtout, à prendre les moyens pour y parvenir. Des politiciennes féministes, des cheffes d’État, des PDG exigeant un quota paritaire pour les entreprises… La Scandinavie est devenue mon pays des merveilles et je me suis promis de percer un jour son secret.
Dans les dernières années, de plus en plus de femmes ont conquis le devant de la scène dans une variété de domaines. Elles n’ont jamais tant occupé l’actualité. Et l’industrie a flairé la bonne affaire : marketing de « girl power », superhéroïnes hollywoodiennes… Je me réjouis de cet engouement, mais l’égalité réelle n’est pas une mode ou des slogans. Elle requiert des changements en profondeur de la société, et une transformation pérenne exige un réel courage politique. Une volonté irréductible d’ébranler les colonnes du temple et de cesser d’excuser l’iniquité. Les femmes ont fait de grandes avancées au Québec comme dans le monde, c’est vrai, cela nous berce de l’illusion que nous vivons, en tout cas ici, désormais égaux. Mais derrière les têtes d’affiche, la situation n’est pas aussi dorée qu’elle y paraît. Et les derniers mois nous ont prouvé combien un recul des droits des femmes peut se produire rapidement.
Encore 123 ans pour combler l’écart des genres, annonce le rapport du Forum économique mondial. L’Islande arrive première depuis 15 ans dans le rapport, suivie de la Norvège, la Finlande et la Suède, qui s’échangent les rangs dans le peloton de tête. Au Canada, les femmes ont mené de nombreuses luttes pour leurs droits et notre gouvernement s’est autoproclamé « féministe ». On devrait donc se classer dans le top 10 du rapport, pas vrai? Depuis notre 14e place en 2006, nous avons dégringolé à la 32e place aujourd’hui. Qu’est-ce qu’on n’a pas compris? Il y a une raison pour laquelle les Scandinaves trônent en tête de liste. Ça s’appelle la volonté. C’est pourquoi je pars à leur rencontre.
Avec ce film, je veux déconstruire l’impression que nous laissent souvent les films sur les droits des femmes : un sentiment d’impuissance. Le public n’a plus besoin de constats. Je veux lui dessiner un horizon. Un plan de match.
Je n’ai pas 123 ans à attendre. Vous?
– Anik Salas