Je fais des films qui se situent un peu en dehors du temps. Avec Jardin d’enfants, j’avais envie d’insuffler un peu d’humanité à ce monde en plein bouleversement en proposant une œuvre d’une simplicité désarmante nous permettant de nous immerger au cœur de la petite enfance, aux racines mêmes de la nature humaine.
Tourné dans une garderie sans pour autant en faire le sujet principal, Jardin d’enfants repose sur le choix d’observer toujours un seul enfant à la fois afin d’entrer momentanément dans la bulle de chacun. Les différents enfants présentés dans le film deviennent donc à tour de rôle le centre de notre attention, nous permettant d’entrer dans un état d’introspection, alors qu’on les observe tenter de comprendre le monde qui les entoure. La rapidité avec laquelle s’opèrent les changements à cet âge fait en sorte que certaines transformations se font parfois sous nos yeux.
La structure du film repose sur l’idée de présenter des enfants de plus en plus âgés à l’écran (de 1 à 5 ans) afin de vivre les différentes étapes de leur développement. On passe ainsi progressivement d’un groupe à l’autre, en avançant tranquillement dans les âges.
Afin d’appuyer l’idée que leur univers s’agrandit progressivement, j’ai pensé adapter le format même du film en fonction de l’âge des protagonistes à l’écran. Le film débute donc avec les bébés dans le format d’image presque carré (1,33:1) puis s’ouvre progressivement pour finir en format plein écran (1,85:1) avec les plus grands. Le cadre s’élargit ainsi à mesure que l’univers des enfants prend de l’ampleur.
Jardin d’enfants fut tourné avec un ancien zoom destiné aux caméras Super 16 mm afin d’insuffler aux images un côté plus onirique — une manière aussi d’évoquer l’esthétisme des documentaires des années 1970-1980, ceux qui ont baigné ma propre enfance.
Le film s’inscrit également dans une série de 4 films sur les étapes marquantes de la vie. Il suit La belle visite (2009), un film sur la vieillesse tourné dans une résidence pour ainé·e·s, La marche à suivre (2014) un film sur l’adolescence tourné dans une école secondaire, puis Premières armes (2018) un film sur le début de l’âge adulte tourné dans un centre de formation des Forces armées canadiennes.