À l’occasion de la sortie en salle (1er mai) de mon dernier film Mon fils ne revint que sept jours, né d’un geste spontané et d’une approche de production non conventionnelle, j’ai voulu partager mes premiers films, créés dans un contexte similaire: un désir fou de cinéma, porté à bout de bras avec des collaborateurs.ices indispensables. 

 

Je joins aussi à la collection, des courts métrages réalisés après cette période très formative, où le regard se développe à l’ombre, dans l’angoisse de créer sans support ni reconnaissance. Surveillant marque un point tournant, tant du côté de la production que de la réception. Après, ce n’était pas plus facile, mais c’était moins solitaire. Et le soutien des institutions a permis de pousser plus loin les visions.

 

Des premiers documentaires – où une signature marquée par l’usage du plan-séquence se développe – jusqu’à mon dernier court métrage, en rupture avec ce langage, j’ai cherché à explorer le potentiel formel du cinéma. 

 

Plus attiré par le dérèglement des sens que par la rigueur de la raison.

 

– Yan Giroux

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IL FAUT QUE JE PARLE À MON PÈRE

2007

Après une projection de Batalla en el cielo de Carlos Reygadas, subjugués et inspirés, Mathieu Jacques et moi dansons au Divan orange en se criant les bases du scénario dans les oreilles. Début de mon histoire d’amour avec les plans séquences.

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CUBANOS – VIE ET MORT D’UNE RÉVOLUTION

2007

Un matin, notre personnage principal est terrorisé. Une rumeur circule: un délateur aurait révélé l’existence de notre documentaire. Pendant qu’il cache les rushs dans la jungle, nous nous cachons dans un tout inclus. La peur de micros cachés dans notre chambre miteuse me fait ressentir les rouages du régime autoritaire.

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ÉLÉGANT

2009

J’ai longtemps voulu  faire partie d’un band et de partir en tournée, avec des amis libres et fous. Quand je suis parti aux Iles avec Chocolat pour tourner un vidéoclip, je ne m’attendais ni à revenir avec un documentaire, ni avec la certitude que je n’étais pas fait pour la vie de rockeur. 

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FRANÇAIS – UN 14 JUILLET À MARSEILLE

2011

Après avoir vécu un 14 juillet dans les rues de Marseille, j’y suis retourné un an plus tard pour filmer le chaos qui m’avait terrifié. Finalement, une autre vision s’est imposée : moins sensationnaliste, plus accueillante et nuancée, à l’image de la ville que j’ai appris à aimer en y vivant pendant mes études.

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SURVEILLANT

2011

La clairvoyance sur certains événements, certains textes, certains lieux est un mystère. Pendant des mois, voire des années, tout me semble confus, informe. Puis un matin, sous la douche, les signes s’alignent: un film se cache dans mes souvenirs d’une job d’été. Et c’est depuis ce parc de Sherbrooke que j’ai le plus voyagé.   

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LOST PARADISE LOST

2017

Lors des exports finaux, un technicien nous annonce que tout le travail est à refaire: l’image est si sombre que ses instruments sonnent l’alarme. Je cours le voir, paniqué, pour réaliser que le choix de faire un film en noir et gris déstabilise les machines. La nuit c’est la nuit. À voir dans le noir.  

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PROGRAMME D’UTILISATION DES PATIENTS STANDARDISÉS

2022

Faire un film c’est souvent vivre le film. Avec Guillaume Corbeil, j’ai écrit un quotidien répétitif et aliénant pour mon personnage, sans réaliser qu’à chaque étape de la production – tournage, montage, son – j’allais moi aussi devenir prisonnier de ce scénario absurde.